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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 04:58

Pensez vous qu'il est encore possible de pratiquer le sacrifice humain, pensez vous qu'il est encore possible que le sang coule pour Pachamama, pensez vous qu'il est encore possible de voir une des plus anciennes traditions précolombiennes.

Une chance unique nous est donnée d'assister à une des cérémonie les plus stupéfiantes et des plus ancestrales de Bolivie : le Tinku.
Le Tinku est une fête annuelle ayant lieu du 2 au 5 Mai où les peuples indiens honorent Pachamama (mother earth) en versant le sang en vue d'obtenir de bonnes récoltes mais c'est aussi l'occasion de règlements de comptes entre village.

Cette manifestions à lieu au nord de potosi et se déroule sur trois jours, le dernier jours l'ensemble des communautés converge vers Macha pour une des rencontres des plus violentes. Une communauté a coté du petit village de Santiago de Bombori, nous accueille pour ce premier jour de célébration.

Nous sommes au couché du soleil et deux Lamas sont sacrifiés et préparés, les hôtes nous peinturent du sang du Lama sur le visage pour nous honorer et nous donner de la force. 
Nous sentons instantanément qu'il faudra oublier le 4 étoiles car ca va être super roots. Plus tard, impossible d'échapper aux dons de nourriture car ce serait d'une extrême impolitesse, nous tendons nos mains jointes pour recevoir le plat le plus important, du mais des pois et des morceaux du cœur du lama...cru et fraichement sacrifié. Heureusement il fait déjà nuit... Bolivie-Tinku-009
Next , une soupe à base de viande, de mais of course et de pomme de terre dont la méthode de cuisson est assez inédite. Ils plongent des pierres brulantes dans la mixture, ce qui chauffe la soupe et l'assaisonne par la même occasion d'un goût de cendre et de pierre.
Next : la chicha, l'alcool local, un alcool à base de … je vous laisse deviner de mais again. La tradition veut que les femmes mâchent le mais et le recrache dans des pots pour le laisser fermenter. Heureusement, ils ont remplacé la salive par le sucre, mais ils sont une cinquantaine et il y a huit jarre d'au moins 50 litres qu'ils doivent liquider en 3 jours.

Place aux danses, au milieu, un pot de chicha, autour les hommes tournent en rond sur la musique répétitive, lancinante et hypnotique des zampoñas (flûte de pan) puis au son des charangos (petite guitare à dix cordes). Les hommes s'enivrent de musiques et d'alcool et tourne en tapant des pieds pour appeler Pachamama.
Bien sur Jésus et la sainte trinité font leur apparition dans la célébration vers minuit : l'heure pour nous d'offrir des présents comme des sachets de feuilles de coca, cigarettes ou de Puro (alcool à 90°). Nous sommes présentés un à un à notre hôte dans un instant des plus solennels qui s'accompagne d'une coupe de chicha. Chacun fait connaissance. Flute, danse, chicha, puis chicha puis danse puis chicha puis flute puis danse..

Crevé il est temps de regagner notre bercail. Notre gite est un piaule de trois mètres sur trois, une grange à outils, couvert pour l'occasion de quelques tapis pour nous isoler de la terre. Nous sommes neuf à nous entasser les uns sur les autres ce qui est un moindre de mal parce que dehors il fait bien en dessous de zéro.

Réveil, tidej, chicha, nous embarquons pour un autre village ou les communautés se réunissent à l'église pour obtenir leur bénédiction. A l'honneur danse, musique, alcool. Au fils des heures l'ivresse gagne crescendo. En fin d'après midi nous rejoignons Macha, une ville composée de quatre barres de maison encadrant une place centrale. Le soir, les premiers arrivants font le tour de la place en musique tout en tapant des pieds puis s'organisent en ronde.

Bolivie-Tinku-058Le lendemain, les choses sérieuses commencent. Je me suis levé tôt, je suis dans la rue, il est 7h30, des cercles se sont déjà formés et des combattants s'affrontent à points nus. La police régule les combats de façons à ce que ca dégénèrent pas trop, en utilisant de temps en temps des coups de fouet et des gaz lacrymogènes.
Les combats sont pour l'instant à un contre un, deux personnes émergent du cercle et se provoquent puis s'affrontent.
Vers 11h une accalmie, les policiers se sont retirés dans leur bureau. Des plus en plus de villages arrivent, font le tour de la place, dansent, boivent jusqu'à l'excès. Des cercles se forment au centre duquel les femmes prennent place pour chanter le huayños tandis que les hommes tournent autour d’elles en martelant le sol en cadence.
15h les tensions reprennent les participants sont complètement ivres et maintenant s'affrontent par groupe dans le chaos général le plus total. J'assiste même à des scènes de femmes qui se battent entre elles.
16H15 un homme s'effondre à nos pieds le visage tuméfié et dégoulinant de sang. Nous avertissons la police pour évacuer le gars au centre médical. Celle-ci ne trouve rien de mieux à faire que de balancer de la lacrymo pour écarter les gens. Le pauvre gars en prend plein la gueule. Au centre médical, le médecin nous précise que c'est une année calme et qu'il y a pas encore eu de morts.

Il est maintenant tard, les gens sont déchainés et se battent maintenant à coup de pierres en bataille rangée. On assiste à une véritable guerre de territoire dans les rues dont l'objectif est au pieds du clocher en haut duquel je me situe. C'est une suite incessante de flux et de reflux puis de lacrymogène et de dispersion puis à nouveau la place se noircit de monde...et c'est reparti pour un tour. Des gens sont étendus au sol, mais j'ai du mal à savoir s'ils sont vraiment ko ou bien s'ils sont ivres. Le centre médicalisé affiche complet et des zombies commencent à hanter les rues ensanglantés, hagards et anesthésiés par l'alcool.

Bolivie-Tinku-086

Les restes de la troupe s'est barricadé derrière des plaques de taules pour éviter les projections de pierres. Nous regagnons notre gite, galvanisé et en proie à la fatigue. Le Tinku nous a épuisé nerveusement, nous sommes plusieurs à vouloir prendre des vacances à Sucre.

Au Tinku, aucun homme ne craint la mort, c’est le sacrifice le plus noble pour un indien quechua car son sang abreuve Pachamama et apporte richesse à sa famille.

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commentaires

E

tres bon papier....


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A

Aah...je sentais bien que tes photos avaient un fil conducteur, une histoire mais je ne trouvais pas...ton histoire arrive à point nommé...Décidément, j'adore ce que vous faites !!!


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